DataJust face aux limites structurelles de l’intelligence artificielle

Crédits : Tom Gauld pour The Economist

En plein confinement, le décret n° 2020-356 du 27 mars 2020 est venu créer un nouveau traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé « DataJust », placé sous l’autorité du ministère de la justice, qui vise à améliorer la prévisibilité en matière de réparation du préjudice corporel. Si le texte s’inscrit dans le cadre de la réforme annoncée de la responsabilité civile et d’un programme général de réforme pour rendre la justice plus prévisible, ni avocats, ni magistrats ne semblaient avoir vu venir sa publication. Les analyses n’ont pas manqué pour dénoncer divers maux, comme la robotisation de la justice, mais très peu ont relevé la difficulté qui est pourtant la plus substantielle : les barrières technologiques de ces algorithmes dits d’intelligence artificielle pour restituer les résultats attendus. 

Remplacement du juge par des robots et atteinte à l’indépendance de la justice, déshumanisation, mise à mal du principe d’individualisation, voici quelques-unes des critiques qui ont été adressées au nouveau traitement informatique « DataJust » lancé, avec un assez mauvais sens du « timing », en pleine crise sanitaire[1]. Le ministère de la justice présente pourtant ce nouvel instrument comme une toute nouvelle garantie d’un traitement harmonieux des décisions en matière de réparation du préjudice corporel et la possibilité, pour les justiciables, d’obtenir une information de meilleure qualité quant au montant d’indemnisation prévisionnel. Rappelons que les juges, judiciaires et administratifs, connaissent de ce contentieux opposant les victimes de dommages à des organismes payeurs (assurances ou sécurité sociale par exemple). Les juges fixent dans ce cadre le montant des indemnités ayant pour objet de compenser les préjudices subis selon le principe de réparation intégrale, dans les limites des prétentions des demandeurs. Les magistrats exercent à cette occasion leur entier pouvoir d’interprétation ce qui, du point de vue des justiciables, est la garantie d’un examen équitable et spécifique pour chaque cas d’espèce. Du point de vu des organismes payeurs, il s’agit en revanche d’un aléa qu’il convient d’anticiper.

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Chronique de l’émission “La justice prédictive”

Quel avenir pour la justice dite prédictive ?

Invité : Bruno Cathala, juge à la Cour de cassation

La justice prédictive a été un des grands sujets de buzz de l’année dernière… j’emploie le passé car une expérimentation a pris fin en octobre 2017 dans les cours d’appel de Lille et de Rennes et le constat semble sans… appel : Cela ne servirait à rien. Ou presque.

Il faut dire que les promesses de départ étaient ambitieuses : challenger, comme l’on dit aujourd’hui, l’impartialité du juge, lever le voile sur un avenir rempli d’aléa judiciaire, conseiller – dissuader même – le justiciable d’aller rencontrer un juge car, tout bien pesé, son affaire ne vaudrait pas tripette.

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