Vers une intelligence artificielle responsable ?

Dans le cadre de la Semaine européenne du numérique responsable organisée par l’Eurométropole de Strasbourg, retrouvez l’enregistrement de la conférence “Vers une intelligence artificielle responsable”, co-organisée avec le CEIPI (Centre d’études internationales de la propriété intellectuelle) et enregistrée le 12 juin 2021.

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Analyse des principaux cadres supranationaux de régulation de l’intelligence artificielle : de l’éthique à la conformité

Crédits : Envato Elements / Twenty20photos

Synthèse de l’étude

Mise à jour du 31 mai 2021

L’intervention des régulateurs internationaux pour encadrer le développement et l’application de l’intelligence artificielle vient en réponse à une inquiétude croissante dans l’opinion publique, confortée par la recherche, quant aux effets directs et indirects de cette technologie sur les droits des individus et la société. Les propositions de cadres éthiques n’ayant pas semblé apporter une réponse satisfaisante et convaincante, des organisations intergouvernementales telles que le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, l’OCDE et l’UNESCO ont produit, sous l’impulsion de leurs États membres, de nombreux rapports, études, lignes directrices ou recommandations. Si ce qui pourrait être considéré comme du « droit souple » (soft law) présente une influence politique, technique et morale bien plus substantielle que de simples déclarations de bonne volonté des acteurs de l’IA, l’année 2021 marque toutefois un nouveau tournant, avec le premier texte juridiquement contraignant proposé par la Commission européenne en avril 2021 pour renforcer la sécurité des produits d’IA. Le Conseil de l’Europe envisage également un mélange d’instruments juridiques contraignants et non contraignants pour prévenir les violations des droits de l’homme et des atteintes à la démocratie et à l’État de droit. 

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Comprendre l’IA est devenu un acte civique essentiel de notre condition moderne

Publié le 2 mai 2021 sur Les Temps Électriques et le 10 mai 2021 sur le site de l’Institut Sapiens

Depuis le début des années 2010, le déploiement des algorithmes d’apprentissage automatique, dont l’apprentissage profond, a réenchanté l’emploi de l’informatique dans notre société. Ce qui est convenu d’appeler de manière commode et vague « intelligence artificielle » (« IA[1]»), automatise, avec plus ou moins de contrôle humain, un nombre croissant de tâches ou de segments de tâches pouvant relever d’un très haut niveau d’expertise. En s’accordant à l’air du temps, ce qui ne semble pas possible aujourd’hui le sera nécessairement demain et la liste des applications s’allonge, notamment dans des secteurs aussi stratégiques que l’industrie, la sécurité publique ou les armées. Dans le même temps, cette « IA » a été saisie comme une nouvelle opportunité par le marché, au point de devenir l’un des principaux instruments de croissance économique des années à venir. Son développement s’impose donc dans les politiques publiques du monde entier comme une évidence.

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Chronique de l’émission “Gouvernés par les données ?”

Emission du 30 mars 2021

Invité : Adrien Basdevant, avocat et membre du Conseil National du Numérique

Alain Supiot nous alertait en 2015 dans la Gouvernance par les nombres, des conséquences d’un projet scientiste prenant la forme d’une gouvernance par les nombres et qui se déploie sous l’égide de la « globalisation ». La généralisation de dispositifs dits « d’intelligence artificielle » dans tous les recoins de nos vies ne contribue-t-elle pas à composer cette matrice aussi discrète qu’efficace, en captant sans cesse plus de données ? Ce diagnostic n’est-il pas trop alarmiste ?

Discutant il y a peu avec un ami doublement docteur (il se reconnaîtra), j’ai pris conscience de la fragilité de ma conception du monde, pourtant lentement construite depuis des décennies entre droit et informatique.

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2021 : Quelles perspectives pour l’intelligence artificielle ?

Publié le 31 décembre 2020, mis à jour le 5 janvier 2021

Sur un plan technologique, l’histoire retiendra vraisemblablement de la décennie qui vient de s’écouler le réenchantement du terme intelligence artificielle (IA) avec les exploits de l’apprentissage automatique et des réseaux de neurones. Même si ces algorithmes ne sont pas tout à fait nouveaux, la magie ne cesse d’opérer au rythme des promesses, toujours plus nombreuses, des chercheurs et des concepteurs. De la reconnaissance d’image à la conduite autonome, de la recherche de fraudes à la lutte contre la Covid-19, l’IA ne cesse d’être convoquée pour résoudre des problèmes toujours plus complexes. À entendre les discours ambiants, ce qui n’est pas possible aujourd’hui le sera nécessairement demain, en agrégeant toujours plus de données. Dans le même temps, les conséquences d’une généralisation hâtive de l’IA commencent à être bien documentées : renforcement des inégalités déjà existantes par l’emploi hâtif d’algorithmes dans les services publics, caisse de résonance à différents types de désordre informationnel, aggravation des atteintes à la vie privée ne sont que quelques exemples très concrets qui esquissent les possibles errements du nouveau monde transformé en données.

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Chronique de l’émission “L’éthique de l’intelligence artificielle”

Des éthiques à l’éthique

Invité : Emmanuel Goffi, philosophe et directeur de l’Observatoire Éthique & Intelligence Artificielle, de l’Institut Sapiens et professeur en éthique de l’IA à aivancity, School for Technology, Business & Society

L’éthique est partout dans les discours sur l’IA, solution universelle à tous les maux redoutés et révélés.

Il semble communément admis dans l’opinion publique que le numérique ne règlera pas tout et que tout problème n’a pas de solution numérique… l’échec de l’application StopCovid en témoigne de manière sensible.

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La critique de la technique : clé du développement de l’intelligence artificielle ?

Présentation de l’étude

L’intelligence artificielle (IA) continue de susciter de grands espoirs pour les années à venir, en moteur espéré de la prospérité humaine et du bien-être. À ces généreuses promesses émanant directement ou indirectement de l’industrie numérique répondent des inquiétudes de plus en plus substantielles dans l’opinion publique, notamment face à des applications suscitant la polémique ou éternellement sur le point d’être pleinement fonctionnels. Après des années de discours éthiques, les régulateurs internationaux et nationaux commencent à se mettre en ordre de marche, mais ils risquent de passer à côté de la cible en proposant des textes parfois trop peu, ou parfois trop, ambitieux. Et si la juste mesure était susceptible d’émerger des discours critiques de la technique, dont la pertinence est bien trop souvent sous-estimée par l’entière communauté ?

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La critique de la technique : clé du développement de l’intelligence artificielle ? (Quatrième et dernière partie)

Revitaliser le contenu d’une réglementation sur « l’intelligence artificielle »

Crédits : Pxfuel

De manière assez surprenante, les bénéfices systémiques de la généralisation de l’informatique, notamment sur la productivité, restent à démontrer. En 1987, Robert Solow, prix Nobel d’économie, annonçait « on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité ». Ce paradoxe révélait l’absence de lien observable, au niveau micro-économique, entre les investissements informatiques et la productivité des entreprises. Le constat apparaît toujours d’actualité, puisqu’il s’agisse d’internet et de sa bulle, ou de la généralisation des téléphones intelligents (smartphones) et de « l’IA », l’économie peine à décoller[1]. La crise économique résultant de la crise sanitaire due à la COVID-19 ne va vraisemblablement pas renverser la situation, puisque l’on a vu que cette « IA », pourtant promise à résoudre la plus vaste gamme de problèmes notamment en matière de santé, n’a eu en réalité qu’assez peu de résultats opérationnels[2]. Il semble que nous héritons encore de l’influence d’analyses assez anciennes, comme celle de Daniel Bell qui estimait que la clé du passage de la société industrielle à la société post-industrielle serait dans l’augmentation de la productivité liée aux activités informationnelles[3] – cette fameuse « société de l’information » – ou de Simon Nora et Alain Minc, selon laquelle il faudrait informatiser l’économie pour produire de la croissance[4].

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La critique de la technique : clé du développement de l’intelligence artificielle ? (Troisième partie)

La difficile émergence d’un discours critique de l’informatique et de « l’intelligence artificielle »

Crédits : Pxfuel

Apparue dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale et de la recherche militaire, l’informatique se présente comme la technologie de rupture de ces dernières décennies. Alors que le nucléaire a créé le désordre et le chaos, l’informatique, elle, se présente en outil d’ordre et de raison. Elle a d’abord accompagné les nouveaux besoins de calculs d’États cherchant à automatiser certaines tâches de calcul ou de stockage, puis a investi dans les années 1970 les salons des particuliers, dans un contexte de reconfiguration économique, politique et culturelle majeur. La miniaturisation toujours plus accrue des composants a conduit à la généralisation d’usages que nous connaissons aujourd’hui avec les téléphones intelligents (smartphones) et à la recomposition en profondeur des moyens de communication, des offres de service et de l’accès à l’information. Depuis début 2010, « l’IA » est présentée comme la dernière évolution majeure de ce courant technique, avec son lot de promesses, de disruptions et de perspectives d’un avenir meilleur. Mais les critiques de cette « IA » n’ont pas manqué et elles nous avertissent de dangers les plus divers, des plus fantaisistes aux plus substantiels. D’un scénario d’extermination de l’homme par les machines[1] à un examen minutieux de l’impact concret de l’algorithmisation de notre monde sur l’humain[2], aucune doctrine majoritaire ne semble se dégager de l’abondante littérature produite à ce sujet. Une constante, en revanche, paraît se dessiner : c’est le rejet de cette critique par les pouvoirs publics, soit en l’ignorant ou en la minimisant, soit en l’institutionnalisant. Le développement, dans certaines des organisations internationales, de textes pour créer une « IA digne de confiance », « éthique » ou « centrée sur l’humain » est certainement à lire en ce sens.

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La critique de la technique : clé du développement de l’intelligence artificielle ? (Deuxième partie)

Les conséquences de décennies de gouvernance de la critique de la technique

Crédits : Pxfuel

En première analyse, le consensus apparent sur les bénéfices incontestables de la technique pourrait paraître fragilisé avec la publication d’études étayées et convergentes dans de nombreux domaines, comme en ce qui concerne la menace environnementale[1]. Le succès en France, et dans d’autres pays européens, de mouvements politiques écologistes à des élections témoigne de cette prise de conscience citoyenne et du relatif affaiblissement du discours imposé par le capitalisme industriel. Il est également intéressant de relever que les plus vives critiques actuelles de la technique ne proviennent d’ailleurs pas nécessairement d’idéologues ou de politiques, mais proviennent aussi des techniciens eux-mêmes, en pleine conscience des enjeux et des limites des divers moyens à notre disposition[2]. De nombreuses publications parviennent aujourd’hui à dépasser les lieux communs en démontrant que derrière la prétendue neutralité des techniques, il y a surtout des enjeux de pouvoirs et que derrière les prophéties, il y a des artifices marketing maquillant une réalité bien plus modeste[3]. Au final ce n’est d’ailleurs pas la technique en elle-même qui est remise en cause par certains de ces auteurs, mais l’asservissement résultant d’une certaine forme de transfert du sacré à la technique[4]. Et c’est exactement cela qui se joue pour le numérique et « l’IA » qui, en derniers artefacts à la mode (et potentiellement rentables), sont instrumentalisés pour nourrir l’idée d’une révolution et d’une civilisation toujours en « progrès » continu par les sciences, alors que l’on se trouve en réalité en pleine confusion entre fins et moyens[5].

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